Actualité littéraire   

 


 

 

 

La grâce d'un style pour un portrait de femme inoubliable

 

 

 

 

Traduit du grec et postfacé par Michel Volkovitch

Collection Made in Europe / 10 euros / Isbn : 978-2-915018-46-2 / 80 pages

 

 

 

Fin d’hiver dans l’Athènes des années 70. Une femme mariée de quarante ans et un étudiant de vingt ans se retrouvent tous les soirs dans le même métro. Brève rencontre, amour impossible.

Une histoire toute simple en apparence, racontée par l’un des grands romanciers grecs, Mènis Koumandarèas, qui déploie là ses thèmes de toujours : beauté de la jeunesse, han tise du vieillissement, vies gâchées, mélancolie, amertume.

Un écrivain au sommet de son art et un portrait de femme inoubliable.

 

Mènis Koumandarèas, né en 1931, est considéré comme l’un des meilleurs prosateurs grecs vivants. Il est également l’auteur de sept romans (La VerrerieLe Beau Capitaine notamment), cinq recueils de nouvelles et deux volumes d’essais. Il a entre autres traduit McCullers et Fitzgerald, et reçu deux fois le Prix d’État pour le roman.

 

 

 

 

« Madame Koùla rougit soudain. Elle faillit répondre, se ravisa, baissa les yeux. Excusez-moi, la devança-t-il, je vous ai choquée ? Cela vous ennuie que je vous tutoie ? Ses yeux brillaient, il regardait ses lèvres. Non, dit Koùla sans lever les yeux, je n'avais même pas remarqué... Les filles de mon âge ne m'intéressent pas, avoua-t-il avec chaleur, elles m'ennuient ; avec vous j'ai l'impression que j'ai un tas de choses à dire, et plus encore à apprendre ; j'aime être avec vous, je ne sais pas si c'est réciproque. Koùla gardait les yeux baissés. Ses doigts tortillaient la bandoulière de son sac. Elle le tenait comme si c'était son dernier rempart. Eh bien, Koùla, dit-il - pour la première fois il l'appelait par son prénom -, quand veux-tu qu'on sorte ensemble ? Vraiment ? Elle releva la tête, éberluée, quand voudrais-tu ? Pourquoi pas ce soir ? dit-il, pris d'un fol espoir. Non, pas ce soir, le rabroua-t-elle sévèrement, un autre jour. Alors demain, après-demain, dit-il vivement, dès que possible. Ses yeux avaient la fièvre, et ses lèvres, remarqua-t-elle, étaient humides. Elle compta les jours sur ses doigts. Après-demain, dit-elle timidement. Après-demain, approuva-t-il. En amis, dit-elle encore sévèrement. En amis, reprit-il comme un petit garçon. Le métro arrivait à Nèa Ionìa. Bonsoir, Koùla. Bonsoir, Mìmis. » 

 

 

 

La presse

 

« La qualité et la puissance de ce texte en font un classique de la littérature grecque. » librairie La Machine à lire (Bordeaux)

 

« Un bouleversant portrait de femme [...] Vous n'en reviendrez pas. » Lesruinescirculaires.blogspot.com

 

Ce texte a d'abord été traduit en anglais en 1991.
« La Femme du métro est un texte qui se déploie presque exclusivement dans des interstices entre attente et souvenir, futur et passé. Ce qui donne au livre sa résonance est ce sentiment presque douloureux du fortuit, comme si les événements, une fois mis en branle, nous entraînent vers l'inattendu. » David L. Ulin, The Los Angeles Times

 

 

 

Quidam Editeur – 1, rue Mansart 92190 Meudon
Tél. : 01.45.07.14.66

quidamediteur@free.fr / www.quidamediteur.com

Diffusion-Distribution : CDE-Sodis

 

 


 

 

Lettre d’information n° 74 http://www.amourier.com

Des nouvelles de l’AMOURIER

Présence à la
Fête du livre
de Bron
à proximité de Lyon

les 5, 6 et 7 mars 2010





Bonjour à toutes et tous,

Nous sommes heureux d’être invités cette année à la Fête du livre de Bron, tout à côté de Lyon, avec deux de nos auteurs, Michel Séonnet et Jean-Pierre Spilmont, les vendredi 5, samedi 6 et dimanche 7 mars 2010.
24ème édition d'un important rendez-vous organisé en partenariat avec 14 libraires de Lyon et Vienne, cette Fête du livre accueille 50 écrivains réunis cette année autour du thème “Histoires de mémoire”.
Dans ce cadre, vous pourrez écouter Michel Séonnet, le vendredi 5 à 14h30, présenter son livre Trois ânes, et le samedi 6 à 11h autour de son livre La Marque du père édité chez Gallimard, en compagnie de Jean-Pierre Spilmont et de son livre Sébastien, édité par La Fosse aux ours.
Vous pourrez aussi les rencontrer à notre stand dont vous trouverez l'emplacement d'un simple clic. Et d'un autre, vous accéderez au programme complet de la Fête du livre.
Dans le plaisir anticipé de la rencontre, que les vents nous portent…!
…Et soufflent jusqu’à Coaraze où se tiendront comme chaque année le premier week-end de juin nos rencontres littéraires Voix du Basilic. Cette année, seront invitées Marie-Claire Bancquart et Patricia Castex-Menier, ainsi que nombre de nos auteurs ayant publié un livre dans l’année. Retenez déjà la date : les 5 et 6 juin, mais aussi la veille, pour l’atelier d’écriture tant attendu de Jeanne Bastide, le vendredi 4.
Par ailleurs, je voudrais m’excuser auprès des personnes résidant loin de ces événements et qui pourraient à juste titre, se sentir moins concernées. Comme il est difficile de savoir où réside tous les destinataires dont nous avons l’adresse internet, je vous propose de m’indiquer par un simple retour de mel le département où vous habitez. Ainsi je pourrai vous informer uniquement des manifestations proches de chez vous… Avec une exception bien sûr, pour Voix du Basilic à Coaraze puisque chaque année nous accueillons en gare et à l’aéroport de Nice, des participants venant de très loin…
À celles et ceux qui auront eu la patience de me lire jusqu’au bout, j’envoie mes amitiés toutes aussi sincères qu’impatientes; pour les autres, le cœur y est quand même mais à regret car ils ne le sauront pas.
Bien à vous,
Bernadette Griot
amourier.com

 

 

 


 

 

 

Collection Corps neuf




Martine Sonnet : Atelier 62
Récit
2009. 200 p., 12/18 cm. ISBN 978.2.86853.536.8 ‹ 12,00 Euros

Mariant la sensibilité la plus fine aux traces documentaires les plus brutes, Martine Sonnet croise mémoire collective et souvenirs familiaux dans un hommage à toute une génération d¹ouvriers, celle de son père, artisan campagnard précipité dans la classe ouvrière par son embauche chez Renault à Billancourt dans les années 1950. Aux forges, atelier 62, réputé le plus dur de la Régie, le charron-forgeron-tonnelier normand asservit sa carrure et sa puissance à l¹industrie automobile triomphante.
L¹existence de cet homme et de sa famille au moment clé du basculement d¹un monde à l¹autre et la restitution d¹un temps fort de l¹histoire du travail, dans toute sa violence, composent les deux veines du récit.
Voix d¹enfance et voix d¹usine mêlées, Atelier 62 n¹est pas le travail d¹une historienne, mais l¹¦uvre d¹un écrivain, dont l¹écriture empathique restaure un humble et ses semblables dans la dignité de leur travail et de leur vie.

 

Martine Sonnet, née en 1955, est ingénieure de recherche en histoire au CNRS. Elle a publié, notamment : L¹éducation des filles au temps des Lumières (Cerf, 1987) et Chronologie de la France moderne (Que sais-je n° 3178, PUF, 1996). Elle a également contribué à plusieurs ouvrages collectifs dont l¹Histoire des femmes dirigée par Georges Duby et Michelle Perrot (t. 3, XVIe-XVIIIe s., rééd. Perrin, 2002) et Histoires d¹historiennes (PUSE, 2006).
Oubliant (presque) ses outils d¹historienne elle propose, avec
Atelier 62, son premier récit littéraire.



Léon Tolstoï : Le père Serge
Récit
2010. 96 p., 12/18 cm. ISBN 978.2.86853.531.3 ‹ 8,00 Euros

 

L'individu « animé d¹un immense amour-propre », dont le but est d¹« atteindre la perfection et le succès dans toutes les entreprises, et d¹obtenir ainsi l¹admiration et les louanges de son entourage », cet individu-là, brusquement contrarié dans son élan par un détail qui l¹insupporte, peut-il, tournant le dos au monde, se consacrer à Dieu ? Ou bien, pour être plus précis : si la décision d¹un tel être se trouve motivée par le désir de montrer à tous son mépris, se peut-il que, libérant alors une religiosité jusque-là étouffée par son orgueil, il se délivre de la pesanteur grâce à la soumission aux règles monastiques et ascétiques ? Telle est, brièvement exposée, la problématique du Père Serge.

Cette nouvelle qui, pour être souvent passée inaperçue dans l¹¦uvre de Tolstoï, n¹en constitue pas moins, en même temps que son écrit le plus serré, le plus fondamental, une parabole à la fois violente, sobre et universelle digne de prendre place parmi les grands témoignages spirituels.


Jean-Loup Trassard : Traquet motteux
Récits
2010. 160 p., 12/18 cm. ISBN 978.2.86853.537.5 ‹ 10,00 Euros

Depuis le néolithique, il s¹agissait de produire plus et mieux : le succès brutalement s¹est retourné contre les métiers de la campagne. Il faudra produire moins et moins bon. Ayant vidé les villages, coupé les arbres, rasé les haies, mis les races animales au musée, fait disparaître la faune sauvage et la flore, envoyé ceux qui auraient assuré la relève travailler en ville, on fera de l¹élevage « hors sol ».
Les textes de ce livre, même s¹ils ne sont parfois que l¹ébauche de ce que j¹aurais aimé qu¹ils fussent, doivent être entendus comme, incomplet, maladroit, mais joyeux d¹aimer, un hommage à la civilisation rurale au moment où, parée de toutes ses variantes régionales, corps et biens, elle sombre. Ce qui, lecteurs, pour nous, les terriens, s¹accompagne d¹une émotion.

 

Jean-Loup Trassard est né à la campagne, l'été 1933. Il publie pour la première fois dans la N.R.F. en 1960 puis, à partir de l'année suivante, plusieurs récits chez Gallimard. Outre quelques livres de proses, nous avons publié dans la série Textes & Photographies Territoires (1989), Images de la terre russe (1990), Ouailles (1991), Archéologie des feux (1993), Inventaire des outils à main dans une ferme (1981 & 1995), Objets de grande utilité (1995), Les derniers paysans (2000) La composition du jardin (2003), Nuisibles (2005,) Le voyageur à l'échelle (2006), Sanzaki, (2008) ainsi que Eschyle en Mayenne (2010). Après La Déménagerie (Gallimard, 2004), il a fait paraître en 2007 à nos éditions Conversation avec le taupier.

Pour en savoir plus et pour consulter l'ensemble le catalogue :
http://www.letempsquilfait.com

 

 

 

 


 

 

Εκδόσεις ΚΑΛΕΝΤΗ - Kalendis Publications

www.kalendis.gr

 

 


 

 

 

 

Vailland vu au prisme de l’Histoire

[*Roger Vailland (1907-1965). Un homme encombrant. Paris, L’Harmattan, 2008. Coll. Socio-anthropologie, dirigée par Pierre Bouvier. ISBN : 978-2-296-06511-6, 21 €.]

 

Encombrant, Roger Vailland ? Sans doute, oui, pour tous ceux qui voudraient le caser dans une catégorie. Trop rouge pour les lecteurs des beaux quartiers, trop libertin pour les militants du PC, trop désinvolte pour les engagés de tous bords, il agace, il provoque, il indispose. Davantage en ce qu’il est, d’ailleurs, qu’en ce qu’il écrit. C’est pourquoi il est nécessaire de prendre ses distances avec le personnage et de retourner interroger l’œuvre.

C’est ce que fait Alain (Georges) Leduc dans ce livre touffu, fouillé, bourré jusqu’à la gueule de détails précis qui, comme dans un bon polar, ont tous un sens à convier, une interprétation à éclairer, une nouvelle orientation à montrer. Avec son double regard, celui de l’historien, celui du critique d’art, les deux habitués à scruter, à dépister, à décrypter, il relit les livres de Vailland – ils ne sont pas si nombreux : neuf romans, trois pièces de théâtre, une poignée d’essais… – à la lumière de l’histoire de son époque, ces deux premiers tiers du XXe siècle, années si convulsives.

Aragon, Brasillach, Céline, Drieu la Rochelle… le livre déroule l’alphabet des auteurs de ce temps-là, en déploie l’éventail politique d’un extrême à l’autre, élucide la complexité des rapports de Vailland avec eux grâce à un patient travail de recherche de témoignages, à la fois dans des archives inédites et auprès des contemporains encore vivants. Au fil des chapitres, le lecteur a beaucoup à découvrir. Comment et pourquoi Vailland a quitté le groupe surréaliste, comment et pourquoi il a adhéré au PC puis s’en est éloigné, comment et pourquoi il a choisi de quitter le microcosme parisien des lettres pour aller vivre dans un coin perdu de l’Ain, à une époque où le retour à la terre n’était guère à la mode…

Roger Vailland a longtemps cherché comment l’homme pouvait transformer le monde, avec quels outils. Sa spécificité tient beaucoup à la nature du regard qu'il porte sur son temps (le fameux « regard froid», la lucidité à tout prix, le rejet des « bons sentiments»). Il est proche des grands tragiques grecs, de Plutarque auquel il voue une admiration sans bornes, des moralistes. C'est un homme de son temps, passionnément intéressé à comprendre le monde comme il va, les mécanismes sociaux, les événements politiques, les mentalités ; c’est aussi un homme du dix-huitième siècle, fou de Laclos, grand lecteur de Retz et de Sade. « L'Histoire compte pour lui. Les écrivains d'aujourd'hui sont dans l'immédiateté, Vailland vit dans la durée », écrit Leduc.

Enfin, ajoute-t-il, « ce qui rend Vailland à la fois totalement inactuel et plus nécessaire que jamais, c'est le rapport au style, à la forme. Vailland est un styliste. » Situés très précisément dans le temps et dans l’espace, ses romans ne sont pas « datés » pour autant, ils nous parlent de notre temps et de notre espace, comme le ferait une (bonne) leçon d’histoire.

 

 

Élizabeth Legros.

Journaliste, co-fondatrice du site

www.roger-vailland.com

Paris, le 5 novembre 2008.

 

 

 

 

 

Roger Vailland, un écrivain encombrant ?*

[*Roger Vailland (1907-1965). Un homme encombrant. Paris, L’Harmattan, 2008. Coll. Socio-anthropologie, dirigée par Pierre Bouvier. ISBN : 978-2-296-06511-6, 21 €.]

 

Selon l’adage sartrien, la littérature c’est comme les bananes, ça se consomme sur place. La littérature est donc périssable, et qui veut parler d’une œuvre, dite « datée », doit commencer par la dépoussiérer, pour la rendre consommable aux profanes que nous sommes. Mais grâce à ceux qui savent le faire, l’œuvre peut alors nous apparaître dans sa saveur d’origine. C’est ce qu’Alain (Georges) Leduc a entrepris en consacrant une étude à Roger Vailland pour nous restituer toute la complexité de cet homme et ainsi nous inviter à goûter la saveur, exquise et actuelle, de son œuvre.

Pour mener à bien cette entreprise, encombrante, de trois années – pour reprendre le sous-titre de l’étude, Roger Vailland, un homme encombrant – Alain (Georges) Leduc a cherché, non pas à dévoiler ce que serait la vérité de Roger Vailland, comme prétendent le faire les biographies ou les études littéraires en général, mais à nous montrer un écrivain en situation dans son époque. Cette étude est donc avant tout, comme le nom de la collection l’indique, collection dirigée par Pierre Bouvier, un travail de socio-anthropologie. Pour un auteur qui a refusé de faire carrière comme la majorité de ses contemporains surréalistes ou existentialistes, mais qui n’en a pas moins cherché à se faire et à devenir écrivain, il fallait que Roger Vailland apparaisse dans la trame historique du XXe siècle, de son vivant (1907-1965) et aussi jusqu’à aujourd’hui, puisque cette étude vient clore le centenaire, trop discret, célébré l’année dernière.

Alain (Georges) Leduc, historien et critique d’art, cherche donc moins à faire le portrait d’un homme, qu’à restituer le travail d’un romancier, d’un dramaturge, d’un reporter dans son contexte historique ; à évaluer la forme artistique d’une œuvre, celle d’un homme qui a été et s’est fait l’écrivain, vaillant, qu’il avait toujours souhaité être. Ou alors, si c’est un portrait, ce serait le portrait exemplaire de ce que devrait un intellectuel français, avec ses forces et ses faiblesses, balloté entre l’action et la réflexion, opérant des choix cornéliens, comme ses personnages, dans le milieu de son époque. Poète surréaliste ou reporter dans la grande presse avant-guerre, résistant ou collaborateur, existentialiste germanopratin ou communiste stalinien ? Différentes facettes de l’écrivain apparaissent, non pas dans le souci de colorer cette étude foisonnante d’une esthétique de la bigarrure, mais pour montrer comment l’œuvre se fait, apparaît dans le champ littéraire, par le biais des rencontres (amitiés et inimitiés) ; des tactiques (coups d’éclats ou avancées dans l’ombre) ; des choix politiques et esthétiques. Cette étude interroge aussi la réception de l’œuvre, puisque chaque critique ou lecteur essaie de tirer l’œuvre à soi, outrant certains aspects et en occultant d’autres. Vailland fut en effet un écrivain gênant, et plus que cela, vous le comprendrez, un écrivain encombrant. Alain (Georges) Leduc a donc beaucoup enquêté et collecté les témoignages de proches, d’écrivains, d’intellectuels ou d’autres, permettant de restituer objectivement la caisse de résonnance actuelle de l’œuvre et de rendre compte de sa complexité. Comment expliquer que Vailland, écrivain de gauche, est souvent loué par des écrivains de droite ? Comment Vailland se positionne-t-il par rapport à Aragon, celui qui est à la fois le responsable de son exclusion du mouvement surréaliste et le chef d’orchestre de la littérature communiste d’après-guerre ? Comment comprendre que Vailland put être un écrivain stalinien et aussi un des membres fondateurs du Tabou en 1947 ? Vailland, dans les années 60, alors qu’il avouait s’être laissé aller à gagner de l’argent dans le cinéma, était-il toujours engagé politiquement comme porteur de valises ? Autant de questions et de réponses qui permettent de dessiner la silhouette d’un homme truite engagé dans le courant de l’Histoire.

Alain (Georges) Leduc n’est pas sans savoir que les études consacrées aux écrivains peuvent être une manière de désamorcer la charge potentielle d’une œuvre : en polissant les contours d’une œuvre, en affublant à un auteur le titre de classique, en accolant des étiquettes aux auteurs – tous ces prêt-à-penser qui évitent d’aller lire les textes – Sade, Rimbaud, Vailland peuvent apparaître sages comme des images. Alain (Georges) Leduc n’est pas tombé dans ce piège, bien sûr, mais les lecteurs ne pourront tout de même pas faire l’économie de lire Vailland pour le comprendre tout à fait. Ou alors pour le goûter, rien de mieux que de commencer par La Truite, comme nous invite à le faire la peinture de Jean-Claude Lardrot, en couverture de livre, qui pourrait illustrer l’héroïne Frédérique – personnage à l’image de Vailland ; personnage testament de son dernier roman. Roman, ô combien actuel, qui démonte les mécanismes du monde de la finance et de la fluctuation des valeurs en posant le problème de la question humaine. Que vaut la vie d’un individu dans le monde factice du signe : de la marque publicitaire ; du chiffre ; des sociétés écrans implantés dans des paradis fiscaux ? Si la vie biologique est mouvement, flux, comment résister alors à la vitesse imposée par la société ? Comment fonder ses propres plaisirs, si ceux-ci doivent être élaborés par son imaginaire qui nécessite le temps de la maturation, comme celui de la durée romanesque ? Comment s’opposer aux rouages de la machine pour être capable de mettre en scène son propre désir ? Telles sont quelques unes des questions que pose implicitement l’auteur de cet essai. Le dernier roman de Roger Vailland est une réponse à ces questions et prouve à quel point la littérature est le lieu d’investigation du champ des sciences humaines. Il intéressa d’ailleurs tout particulièrement Jacques Lacan et préfigure les développements d’une pensée foucaldienne et deleuzienne.

Vailland, antihumaniste, rêve d’un individu libre comme son personnage Frédérique – truite, insaisissable et unique – pour donner de la diversité à ce monde qui se veut fourmilière. C’est pour toutes ces raisons, qu’il faut lire cette étude, d’un homme encombrant, d’Alain (Georges) Leduc.

 

                                            Marc Le Monnier

                                            Enseignant de Lettres modernes,

Lycée Suger, Saint-Denis (93).

                                            Auteur d’un mémoire

sur le héros chez Roger Vailland (Université de Caen).

Paris, le 8 novembre 2008.

 

 


 

 

L’IMPROBABLE N°65 OCTOBRE 2008

www.limprobable.org

Lecture-Rencontre Georges Hassomeris

Jeudi 23 octobre 19H00

Librairie A Plus D’un Titre 4 quai de la Pêcherie Lyon 1er

 

VIVE LA BAISSE TENDANCIELLE DU TAUX DE PROFIT MOYEN !

"Vive la baisse tendancielle du taux de profit moyen", nous dit le poète performer Georges Hassomeris dans un petit volume carré du Temps des Cerises qui, soit dit en courant, vaut bien des pavés solubles dans le brouet médiatique et communicationnel.

Je répète avec lui, vous ne m'avez pas écouté: "Vive la baisse tendancielle du taux de profit moyen!"

Ce n'est pas un titre fantaisiste, si on se donne la peine de l'interpréter. La baisse tendancielle du taux de profit moyen signifie, chez Marx, que la part du capital constant, injecté dans le déploiement des machines et des innovations technologiques, déborde celle du capital variable, fourni par le travail direct des hommes. Comme la part de capital constant pèse trop sur la plus-value, il se produit une baisse du taux de profit, qui produit à son tour des crises. Vous réclamez de la poésie? Hassomeris réclame la baisse tendancielle du taux de profit moyen, parce qu'il veut la crise. Il veut le bordel parce que c'est la seule façon de rebattre les cartes. De rejouer l'Histoire pour que chacun ait enfin le droit de jouer. Si ce n'est pas de la poésie, ça...

Les inégalités contemporaines placent de plus en plus le travail des individus à la marge, quand ils ont un travail, tirent un trait sur les marginaux, procurent des marges de profit toujours plus obscènes à ceux qui s'enrichissent sans déployer une force de travail digne de ce nom, et toujours sur le dos des autres. La globalisation a non seulement répandu les innovations technologiques pour faire du monde entier une marchandise, mais le caractère matériel du monde est en train de s'abolir, pris dans le jeu virtuel de son pari sur le néant. Le seul fait matériel dont on soit sûr au fond, c'est la feuille de papier telle qu'on la tient entre ses doigts dans ce petit livre. Ce n'est donc pas un hasard si Hassomeris en fait des tonnes (de papier) sur la déforestation.

Pour reprendre une autre analyse marxienne, dans l'histoire de l'esthétique, la tragédie revient sous forme de comédie pour que l'on apprenne à se séparer avec gaieté du passé. Hassomeris convoque la tradition poétique et philosophique, non pour acter la séparation d'avec le vieux monde mais pour indiquer que le monde moderne, ses claviers, ses bedeaux, ses benêts à l'audimat impeccable, tout cela c'est déjà du vieux. Et ils ne le savent même pas, les visionnaires de la télévision. Il s'agit de fonder un monde nouveau. Mettre l'actuel en crise. Du bordel peut résulter un autre monde. Le paradoxe (très grec, le paradoxe) est que la poésie d'Hassomeris n'est pas bordélique. Elle ne serait pas efficace à ce point sinon. Il annonce la couleur. Elle est rouge. Il annonce la méthode. Cynisme (la philosophie du même nom bien sûr) + beau boulot de l'aède. C'est que Georges Hassomeris est grec. Grec de France. Un Héraclite des fez. Si, selon Horace, "la Grèce soumise a soumis son grossier vainqueur", au point que César ait prononcé les mots fatidiques: "tu quoque..." en grec:  - KAI ΣY, TEKNON... BPOVTE !, le Grec insoumis nous indique que la langue des petits (nous tous) travaille déjà au corps la langue des marchés et de Coca Cola. C'est la profession de foi du saboteur postmoderne et joyeux. Postmoderne et joyeuse cette manière d'utiliser le patrimoine rimbaldien sans se laisser impressionner:

- & asseoir un beau jour l'intelligence sur ses genoux

& la trouver

Conne

C'est la performance de poésie telle qu'on l'aime, véritablement performative. Elle n'attend pas la fin d'un manifeste improbable pour renoncer du même non-mouvement au poème. Non, c'est bien de la poésie. Bien sûr la poésie, surtout celle de Diogène, si elle ne craint aucun grand personnage, ne se prend pas pour plus grande qu'elle n'est. Où a-t-on jamais vu que si elle mettait le feu, elle garantirait la durée de l'incendie ? Mais le simple fait qu'elle fasse rire (et jamais ricaner) est une triple bonne nouvelle:

1) Parce qu'on peut rire en poésie.

2) Parce que le rire n'a pas renoncé à sa charge critique explosive.

3) Parce qu'un autre monde est clairement possible, qui n'a rien à voir avec le Monde 2.

Voici un Art de vivre en poète révolutionnaire pour faire de l'existence un poème à vivre:
- & consacrer sa vie tout entière

À la Révolution

& non seulement ses soirées libres

Voici un programme très précis de libération des masses:

- &Ne plus jamais travailler sauf

Le 1er mai

Il faut laisser les poètes marxistes (qui n'ont strictement jamais ciré aucune botte) devenir les ingénieurs du monde, baliser les chemins de l'utopie (ils existent). Cela fera du bien aux ingénieurs et au monde:

- & Résoudre 1 Le problème de l'emploi

2 Celui du pouvoir d'achat

& 3 LIBÉRER AUSSI LES &TOILES

(S'est-on demandé en effet pourquoi l'État ne consacre pas "10% du budget National" à la poésie?)

Vive la baisse tendancielle du taux de profit moyen!


© Jean-Luc Despax, in http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/poesie-a-haut-debit/vive-la-baisse-tendancielle-du-taux-de-profit-moyen   

 

 

 


 

 

 

111 poètes d'aujourd'hui en Rhône-Alpes 


       

 

 


 

 

 

 



Chant XXXII, extrait de
Deux couleurs existent au monde
le vert est la seconde

de Sergio Atzeni
traduit par Marc Porcu.










       








Ce fragment,
arraché par Hervé Bauer,
à l'invincible été.
et
l'anneau...

 

 


 

 

 


LE MONDE EN DERIVE de Michel Bret

Miniature de Gilles Meunier

 

 

 


 

le poème de Dublin
poème irlandais
(extraits) de Jean de Breyne

Gravures de Paul Hickin

 

 


 

 






Deux extraits des
Lettres de Pandora
de Bernadette Griot.

 

 








Le jour d'un autre temps
de Georges Hassomeris.

 


 

 

Rétention du souffle :
Poème suite à l'expulsion des Sarkissian
Centre de rétention administrative,
aéroport Saint-Exupéry, Lyon, mars 2007
poème de Stéphane Juranics

 

 

 


 

 











Les vents se lèvent... de Thierry Lambert.



 


 

 

 

La Tour de Gil Saurus

 

 

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